QUESTIONS/RÉPONSES

 

 

 

Une rubrique pour prendre le temps et l’espace nécessaires à la proposition de réponses claires et rédigées aux questions qui m’auront été le plus fréquemment posées à propos de mon travail et du contenu de ce site…


 

 

 

 

Vos textes poétiques et philosophiques ainsi que votre musique m’apparaissent dramatiquement sombres et nihilistes…

Que vous est-il donc arrivé pour que vous soyez à présent si torturé, terré au plus profond de drames rêvés ou réels ?

 

 

Pour répondre à cette question, ou en fait pour ne pas vraiment y répondre directement, car ce site n’a pas été créé dans le but d’exhiber mon intimité et mes cicatrices afin de susciter la sympathie ou quelque atermoiement, je dirais qu'il m'est arrivé beaucoup de choses dans ma vie, mais que je ne suis pas tellement terré dans des drames personnels – drames rêvés ou réels (la question reste en suspens…) que j'ai su gérer seul pour mieux les dépasser.

Même si j’admets aisément que pour créer l’œuvre que ce site présente je me suis avant tout basé sur mon expérience singulière, et donc en partie sur des données autobiographiques ou sur des choses que j’ai pu observer au fil de mes pérégrinations, il n’est pas tant question ici de m’apitoyer sur mon sort, et d’entraîner avec moi quelques lecteurs sur la voie de l’auto-complaisance dans un pathos dérisoire et faussement partagé, que de tendre à dévoiler les perspectives essentielles qu’il m’a été donné d’éprouver et de sonder proprement. J’espère surtout que l’intransigeance de ma démarche philosophique et artistique me permet, ou me permettra, d’aller plus loin que mon histoire personnelle pour atteindre quelque chose d’essentiel dans la réalité de cette existence, qui est la nôtre à tous, autant qu’elle n’est à aucun d’entre nous.

Pour l’heure, en inaugurant ce lieu, j’essaie de me développer et de promouvoir mon travail de manière autonome et indépendante, pour ne pas avoir à faire de compromis, et pour rester garant de l’intégrité de cette démarche…

 

 

 

Comment définiriez-vous la musique de DUST OF MY DUST et la démarche qui la sous-tend ?

Comment expliquez-vous le minimalisme et le caractère parfois peu orthodoxe des mélodies que l’on peut constater sur certaines des compositions ? N’est-ce pas, d’une certaine façon, faire le choix de la facilité ?

 

 

En premier lieu, je me dois de préciser que les compositions présentées, et partiellement disponibles au téléchargement, sur ce site ne représentent en aucun cas la globalité de mon approche de la musique.

En tant que mélomane comme en tant qu’artiste, je suis sensible à des formes musicales très diverses, que j’apprécie, et que je pratique avec une régularité plus ou moins grande, notamment sur mon instrument de prédilection – qui est, comme cela ne s’entend absolument pas dans les créations atmosphériques que je propose ici à l’écoute, la guitare (ma formation d’instrumentiste est en effet avant tout celle d’un soliste de blues et de jazz…).

Il y a certaines musiques que j’aime écouter mais que je n’aime pas nécessairement jouer, et le contraire est également vrai (c’est assez généralement le cas, par exemple, pour le funk, que je n’écoute pas souvent mais dont la pratique instrumentale me sied particulièrement). Je suis ainsi ouvert, d’une manière ou d’une autre, à beaucoup d’expressions musicales, dont j’incorpore des éléments dans des compositions personnelles très différentes que j’espère pouvoir, avec le temps, présenter à des auditeurs, si j’ai l’occasion et la possibilité de les concrétiser proprement et de les enregistrer dans le cadre d’un projet cohérent…

 

Pour le moment, le contenu strictement musical de mon domaine virtuel est principalement relatif à la présentation de mon projet atmosphérique mélodique ou bruitiste DUST OF MY DUST, dont l'ambition est avant tout d'utiliser des moyens électroniques a priori plutôt abstraits pour parvenir paradoxalement à la création d'une musique souvent concrète et organique. Il s'agit donc surtout d'expérimenter dans le but de créer une certaine adéquation, une osmose, entre un matériau sonore particulier et une structure harmonique et rythmique plus ou moins libre ou rigoureuse.

Que la dite structure soit simple ou complexe et que les expérimentations sonores auxquelles je me livre soient révolutionnaires ou bien qu’elles rappellent d’autres artistes ou je ne sais quel genre musical m’indifférent à peu près totalement, pourvu que je sois juste par rapport à la perspective artistique que je me suis proposé d’explorer et de mettre en œuvre. À mon sens, de la même manière que tel ou tel musicien ne saurait être jugé meilleur ou plus mauvais qu’un autre sur le simple critère du nombre de notes qu’il joue dans ces morceaux, et pour la même raison qu’on ne saurait dire qu’un guitariste virtuose comme Steve Vaï est un plus grand artiste qu’un rocker aux compositions pourtant basiques comme Kurt Cobain, la valeur d’un compositeur ne devrait pas être mesurée selon qu’il est plus ceci ou moins cela qu’un autre, mais selon la justesse de son travail par rapport à la perspective qui est la sienne, et selon la pertinence de cette perspective. Ce sont la singularité et la justesse qui devraient primer, et ce n’est qu’en choisissant coûte que coûte la voie de l’intégrité que l’on peut réunir ces deux qualités.

En ce qui concerne DUST OF MY DUST, il s’agit pour moi d’un projet très spécial qui gagne à être appréhendé dans son ensemble, à l’horizon de mon travail général et essentiel sur la déréliction et sur l’espace d’ambiguïté et de tension entre la présence et l’absence. Et c’est peut-être en saisissant cela, et surtout ce que cela signifie et implique, que l’on peut comprendre très naturellement pourquoi j’ai volontairement privilégié la nudité au détriment d’orchestrations plus habillées, certes plus méritoires sur le plan technique, mais qui m’auraient éloigné de l’essence de mon inspiration originelle, soit de la perspective singulière que je me devais de respecter. C’est vraiment à dessein que je me suis aliéné dans la composition au synthétiseur, et dans l’enregistrement soigné bien qu’effectué avec les moyens du bord, de musiques parfois minimalistes, ou plus complexes qu’il peut y paraître, sans utiliser aucun sample et en prenant bien soin de travailler proprement la matière sonore… et ce, avant tout, afin d’être juste par rapport à la chose particulière que je me devais de réaliser.

 

En règle générale, il faut tâcher de ne pas juger de la valeur d’une œuvre d’art à partir de critères qui conviennent à d’autres mais qui sont obsolètes lorsqu’il s’agit d’appréhender l’œuvre en question précisément parce que l’approche qui sous-tend sa création ne renvoie pas à ces critères. Il faut savoir rester simple là où la simplicité s’impose, mais restituer dans le même temps la complexité que la vérité suppose…

 

 

 

Pourriez-vous définir le concept de seuil d’évanouissement, et pourriez-vous parler de l’optique et des circonstances dans lesquelles vous avez composé le morceau du même nom ?

 

 

Le seuil d'évanouissement, c'est pour moi avant tout la zone frontalière floue et incertaine, quasiment indéfinissable et pratiquement impossible à localiser, qui marque la séparation entre l'état de veille et de conscience et celui d'inconscience, entre la présence et l’absence, entre l'existence et le néant. C'est cette zone d'évanescence qui semble dénuée de tout ancrage contextuel spatial ou temporel ; c’est ce point de suspension onirique, cet entre-deux, qui paraît, à qui s'y retrouve, émancipé du cours du temps et de la réalité, en même temps qu'il serait le lieu privilégié de la révélation de son essence profonde.

C'est autant un lieu qu'un moment, et c'est pourtant en soi-même indéfinissable sur le plan topologique comme sur le plan chronologique, comme quelque chose qui serait à l'endroit même où il n’est pas, voire où il ne peut pas être, comme une éternité qui ne durerait pourtant aucun temps mesurable… comme le point de contact d’une collusion impossible. Le seuil d’évanouissement serait le lieu et le moment de l'apparition et de l'existence de cet espace-temps paradoxal, abandonné comme un rêve qui aurait dérivé si loin qu'il aurait perdu toute attache et que tout l'aurait oublié, et qui serait lui-même tout entièrement dédié à son propre abandon : on y ferait ainsi l’expérience d'une acceptation et d'une réceptivité fantastiques, d'un état de contemplation extraordinaire.

 

Pour évoquer un tel phénomène en tentant de le restituer par une composition musicale, je me suis surtout basé sur la réminiscence d'états que je ressentais souvent lorsque j'etais enfant, et qu'il m'arrive encore d'éprouver parfois, durant les quelques minutes d'engourdissement et de silence qui précèdent le moment de l'abandon au sommeil ou qui suivent celui d'un réveil progressif. Je me suis particulièrement concentré sur la retranscription des sensations que l'on peut éprouver au moment d'un bref réveil au milieu de la nuit, ou par une matinée très calme et solitaire, juste avant de sombrer à nouveau dans l'inconscience. Une sorte de clairière dans la nuit. Et j'emploie la métaphore de la clairière à dessein : car l'idée que le lieu de cet accès temporaire à la conscience soit une clairière, au cœur d'une forêt dense, profonde, impénétrable, m'a accompagné tout au long de la composition du morceau (d'où les quelques sons qui peuvent faire penser à des bruits de cigales…).

Pour moi, l'ambiance de ce morceau est presque absolument immobile, et elle peut être aussi réconfortante qu'inquiétante, de manière insidieuse, comme les réveils nocturnes peuvent l'être, selon la manière dont on les vit…

 

 

 

Indépendamment de leur qualité, les quelques poèmes extraits de Seulement rien dont vous proposez la lecture sur ce site peuvent faire montre d’une certaine passivité existentielle rappelant celle de la « belle âme » décrite par Hegel, alors que votre démarche philosophique semble au contraire résolument active, dénotant une implication personnelle dans votre manière d’interroger le sens de l’existence. Pouvez-vous expliquer, voire lever, cette ambiguïté ?

 

 

Je crois pouvoir saisir la mesure dans laquelle les quelques poèmes extraits de Seulement rien qui figurent sur ce site peuvent faire penser à la « belle âme » décrite et décriée par Hegel, mais je tiens à dire qu’à mon sens, ni ma démarche philosophique ni mon approche de la poésie ne relèvent d’une quelconque forme de passivité existentielle, et encore moins d’une sorte de renoncement à faire l’épreuve de l’effectivité et à s’y engager proprement par peur de souiller une pureté abstraite que je sais totalement mythique et vaine.

 

En fait, l'ambiguïté du positionnement à partir duquel l'horizon focal des poèmes de Seulement Rien est appréhendé, et donc exprimé, tient à ce que les perspectives qui sont mises en œuvre dans l’optique qu’il détermine semblent parfois (car ce n’est le cas que dans quelques poèmes du recueil) s'exclure de l'existence qu'elles décrivent, comme si elles n'étaient pas vraiment, ou en tout cas comme si elles se percevaient et se vivaient à un moment donné comme n’étant pas vraiment, du monde auquel elles appartiennent pourtant. Cette ambiguïté entre l'appartenance et l'abstraction, entre l'implication et l'extériorité, peut alors effectivement prêter à confusion, en ce qu'elle peut donner l'impression d'une certaine passivité par rapport à l'existence, et, pire encore, par rapport aux problèmes qui lui sont concrètement inhérents et dont les poèmes constituent en quelque sorte les illustrations indirectes. De là l'idée de la « belle âme », qui regarderait l'absurdité de l'existence depuis une innocence mythique, et dont le positionnement passif ou extérieur serait en fait la marque d'une démission de son statut et de sa réalité d'être – démission qui serait nécessairement empreinte de facticité. Ainsi la « belle âme » s'abandonnerait-elle à la passivité par rapport aux problèmes dont elle serait témoin, actrice ou victime, comme si elle s'exemptait d'emblée de toute responsabilité existentielle parce qu'elle ne saurait avoir prise sur l'existence, qui est pourtant, en partie tout du moins, la sienne, et dont elle est de fait partie prenante, qu’elle le veuille ou non, même si tout être peut effectivement avoir quelques raisons ontologiques de se sentir étranger à ce dont il participe en l’occurrence – sentiment d’étrangeté et d’extériorité que certains poèmes de Seulement rien explorent sans le justifier ou le dénigrer d’emblée, et sans abonder dans le sens inconséquent de l’attitude démissionnaire de la « belle âme ». Dans ces conditions, l'innocence mythique de la « belle âme » telle que Hegel la décrit, comme se complaisant dans le renoncement à faire l’épreuve de son effectivité, ne saurait bien évidemment aboutir qu'à un positionnement factice, tant elle servirait en réalité de prétexte au laisser-aller et à l'irresponsabilité au moment et à l’endroit mêmes où la « belle âme » en question serait concrètement mise en cause et engagée.

 

C'est là très exactement le contraire de mon attitude existentielle (attitude qui préside à la conception de mes travaux philosophiques et artistiques, et donc à la rédaction de mes poèmes) qui consiste à aller au plus profond du néant d'être, mais pas pour m'en servir comme prétexte à une démission existentielle ou à l’affectation d’un cynisme dérisoire et artificiel. Il s'agit plutôt pour moi d'y aller pour m'y installer proprement, pour en faire l'épreuve « absolue » (pour autant que cela soit possible), et ainsi pour véritablement faire avec ce néant d'être, que je constate intellectuellement et émotionnellement à tous les niveaux de l’existence et que je me propose d’explorer à ma manière, justement en m’y engageant personnellement coûte que coûte afin de le sonder, de le comprendre et finalement de m’y repérer. Ainsi, exactement à l'opposé de la logique qui consisterait à démissionner de l'existence parce que l'on ne saurait faire avec sa réalité et avec le néant qui lui est inhérent, il s'agit pour moi de faire avec : c'est une logique active de la responsabilité existentielle basée sur l'intégration de ce qui mine le plus, et de la pire façon, l'assise ontologique de tout un chacun.

Comme Beckett l'a écrit : cap au pire.

 

 

 


 

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