LA VIE EN FLAMMES
(EXTRAITS)
Pour me faire part
de vos commentaires et critiques : amine.boucekkine@dustofmydust.com
période charnière hors de ses gonds, à
vau-l’eau
les rêves bleus allés, noyés dans le feu
brûlant dans les flots – ce que le sexe nous enseigne
la flamme qui nous fait cendres
le vent qui nous balaie poussières
itinéraire d’un rêveur gâché
roméo putrescent par le ciel fauché
jésus m’a baisé cette nuit, sur la croix sans
filet
il m’a pris, funambule averti
il m’a montré ce que c’est que d’aimer
d’avoir les mains rouges quand le corps est troué
mais jésus chéri nul mot ne dit le cri
la langue fourrée peut étouffer la gorge
la bague au doigt fallacieusement se forge
mais le nom hérité, la douce eucharistie
ce ne sera jamais qu’une carte de crédit
le corps partagé, le corps divisé
c’est le corps revendu, la vie prostituée
c’est le tien jésus c’est le mien qui est
cassé
il faudrait consommer ce qui nous consumait
il faudrait lécher toutes ces liquidités
mais le sacre est pourri et l’amour a menti
autant pleurer ma gerbe aujourd’hui je vomis
ce que le sexe nous enseigne
le chuintement de la vie, amoureuse agonie
un peu de mort instillée en nous
un peu d’âme rendue par à-coups coup pour coup
révulsions aqueuses secrétées par saccades
sang foutre et larmes – est portée l’estocade
ce que le sexe nous enseigne
cogner le gong comme un cheval mort
regarder vers le haut quand coule l’eau bénite
et s’effondrer crevé parce que la messe est dite
ZÉNITH
(LE SOLEIL DE MA MORT)
le souffle
premier rime avec le dernier
naître et dénaître, s’ouvrir s’oublier
le temps d’un soupir, buée qui expire
la rosée fraîche déjà
s’évapore
le rêve insufflé voit son souffle coupé
le sang monte en moi comme une mer de violences
la vie se présente, la vie se retire
serpents sinueux qui garrottent mon corps
mes veines s’entrecoupent : c’est leur vocation
leur poison bouillonnant me vient de tout temps
c’est une marée de cris, un battement de cœur
un courant de folie qui submerge l’esprit
déferlent les envies qui inondent l’espace
mais l’âme convulsée se résorbe sans
trace
un chaos d’illusions charrie mon corps à
l’abandon
la lumière m’obscurcit l’oxygène
m’étouffe
je me noie dans le ciel qui me donne le jour
au simple contact de l’air
au simple contact de la vie
mes poumons se dessèchent comme des branchies
chaque geste de vie est un acte de mort
respirer, c’est toujours suffoquer
ouvrir les yeux, c’est encore les crever
la chaleur qui me berce est l’horreur qui m’obstrue
l’astre souverain qui d’emblée hâle mon
teint
la sphère enflammée qui surplombe mon déclin
le même soleil qui voit mon être éclore
celui-là qui assèche et qui scelle la mort
c’est le dieu de la dissolution
c’est le dieu de mon annulation
il reste peu de temps avant que les éclats de cervelet
viennent vomis baiser la fiente et le plancher
il faut pointer tous les matins, au pas, il faut marcher
et faire marcher, maquiller le vide et faire proliférer
les cellules d’infatuation humaine, il faut ramper
en ordre, respecter son père la loi le ciel la
société
il faut chérir l’ordure la cajoler s’en
habiller, il faut
faire tourner l’entreprise sourire et se multiplier, il
faut
oublier tout sens aimer la vie au paradis tuer
et puis sonne l’heure de nourrir le monstre
et puis vient le temps d’abreuver les démons
avec son cœur avec ses larmes, pétales
d’abandon
en offrande, déposés aux pieds des bourreaux
respectés
il y a le directeur d’école, le psychiatre et le
curé
il reste peu de temps avant que les murs sans pitié
se referment sur le corps écrasant l’âme
engoncée
avant le peloton d’exécution
les dernières bonnes notes, les dernières
félicitations
la brebis galeuse fait son chant du cygne
c’est la plainte stridente d’une bête
acculée
c’est le cri immonde d’un espoir égorgé
comme la craie hurle sur le vieux tableau noir
la chose sans repère est promise à l’abattoir
quelques mains ont certes hésité
mais au final
tout le monde a tiré
la bouche du diable est venue m’aspirer
je compte les flammes, les fleurs et les regrets
pas de salut pour ceux venus prier
mon ombre s’embrase au grand bal des ratés
déchetterie
bourdonnement inouï paysage enterré
oubli d’avoir oublié le naufrage
éclipsé
les injures les cris la tempête entre la paix
le fond de calme même pas éprouvé
l’abîme incolore qui se vit comme on trépasse
le jardin des âmes est une déchetterie
si le sexe du néant prend mon rêve si
la mort de la vie est ma sève tant pis
je respire l’enfer qui remplace mon air
je me retourne dans ma tombe
je tourne plus le dos au monde
palpitations spectrales, atomes cristaux de larmes
cendres sans cesse cendres sans restes
de cercle en cercle il n’y a pas de cercle
un milliard de démons qui n’existent même pas
plus encore des sirènes qui ne chantent pas
l’image est très floue, non
il n’y a aucune image
derrière le miroir ne s’écrit pas la page
quelque chose m’appelle quelque chose
me menotte – mon corps est une camisole
mes angoisses peut-être ou bien encore les pleurs
d’une mère explosée d’un enfant
balayé
des contours se dessinent : mon cercueil se crée
il fait si sombre ici qu’il n’y a pas
d’obscurité
inertie immobile, l’émiettement défile
je n’en sais pourtant rien, ma conscience est aveugle
des souvenirs à la chaîne coulissent en dentelles
brodées de glaires et de perles
teintées de sang et puis de sperme
hémoptysies précieuses goutte à goutte
échappées
comme on pleure son cœur, sa jeunesse effacée
les rêves se déversent et l’âme devient
flaques
distillées dans le vide par ondes par vagues
d’abondantes fistules s’écoulent ces nappes
sources d’effusions que la distance sape
réminiscences fragiles, projections avortées
par salves les valves les laissent filtrer
dans le vaisseau fantôme de l’éternité,
il y a
les plis les épissures, les rouages insensés
ces poulies folles qui me hissent, ces roues ces croix
qui m’étourdissent, ces ascenseurs depuis
l’oubli
un mot d’amour qui me trahit
tout monte et tout descend, tout point et disparaît
la joliesse cotonneuse et tant d’atrocités
se découpent des visages qui saignent sans partage
se forment d’étranges amibes, des lèvres
sirupeuses
avec leurs cortèges d’abcès,
d’illusions vaporeuses
il y a enfin cette zone froide – je me mets à
trembler
pris dans l’algèbre du néant, mon cerveau a
hurlé
ce qui se passe ici ne se passe jamais
ce qui arrive là n’est jamais arrivé
passé au présent depuis l’inaccessible
ce présent est un rêve, il n’existe
qu’en mots
c’est ma vie qui défile, que je ne vois passer
ce présent est un rêve et pourtant il est vrai
les secondes s’écroulent, elles sont
dépassées
il n’y a pas d’éden pour nos printemps
brûlés
tout devait finir, tout devait défraîchir
mon portrait embaumait mon corps
mais le miroir racontait ma mort
ce sont des mers de bitume qui m’ont vu me coucher
d’obscures lagunes où embarqué je flotte
ou bien je coule, je ne sais pas vraiment
dérivant à perte parmi les filaments
d’amour qui croisent d’inouïs
écœurements
des haines séculières, nos plus beaux sacrements
déchiquetés comme le visage des saintes
rêvées et bafouées comme des vierges
enceintes
je fus un enfant qui regardait le ciel
je fus un barbare asservi par le fiel
j’entends maintenant des voix qui m’appellent
je fais face à un œil que des débris
constellent
peut-être un phare au milieu de nulle part
un clignement cyclopéen me ramène vers demain
à rebours, le temps m’est compté – la
mort
me fait voir son envers : une couleur, je crois
j’ai bien les yeux ouverts
devant moi des murs bien réels
la pénombre d’une pièce, des sensations
brouillées
où suis-je ?
où ai-je pu être un jour ?
je récuse la lumière
je réfute le verbe
une fois pour toutes, toute fois quelque part
quelques fois toujours et quelque part jamais
je suis l’opiomane je suis le décadent
je suis l’ivrogne et je suis l’esclave
je suis l’affamé, le tonneau percé
je ne suis pas le christ
l’épicentre du cri
non je ne suis pas immortel, le temps
j’y reste étranger comme à moi-même,
tandis
que sourd à mon appel, indifférent il
m’abîme
oui mon corps décrépit oui ma face s’effrite
moi non plus non moi non plus
je ne suis rien seulement
ils tombent tous dans la nuit, je suis à terre
et je me dérobe au jour – je suis l’un
d’eux
d’ailleurs, leur misère je suis d’elle
une même poussière pourtant séparée
noir sur noir blanc sur blanc
je me refuse au ciel mais je leur reste étranger
noir sur blanc, j’accompagne la lèpre
je me fais scribe du néant
j’exécute la partition du sang
j’en fais le vœu et j’en fais ma loi
j’en fais le serment
le long de la spirale, je chuterai sciemment
comme une nappe de tristesse je deviendrai la feuille
morte jusqu’à ce qu’à terre elle ne
soit plus vraiment
qu’un souvenir ancien que personne ne retient
qu’une note illisible, même plus dans la marge
d’une même misère, je demeure étranger
boyaux enchâssés défection
détournée
je n’ai rien à voir, aujourd’hui je regarde
le sexe en trompe-l’œil semble baisser sa garde
illusions vanité et poursuite du temps
la vie sème la mort
je me penche pour la recueillir
je me tue pour mieux la sentir
quelques
rues, quelques haines, l’ombre
pour s’y blottir enfin
des regards méfiants, l’anxiété
souterraine
une maison sans murs une chapelle sans foi
pour toute la lèpre de l’esprit
et que glapissent les envies
la nuit traversée de lumières comme
zébrée de crimes
halos suspicieux qui hantent l’obscurité
c’est à leur lueur qu’on erre vers
l’infamie
c’est à leur gloire qu’on s’engouffre
dans l’oubli
lorsqu’en de pisseux couloirs, à fleur de
déjection
la chair se lâche à en mourir, l’âme
rendue
par la gorge par le sexe, en liquide biliaire
lorsqu’en des ruelles poisseuses affleure l’addiction
le dard se tend à en goutter, l’âme vendue
aux membres à la bouche, en liquide amer
lorsqu’en des nuits galeuses, avec force vexations
les besoins se tiennent et le marché se fait
c’est pour le fruit pourri que l’appétit
s’excite, c’est
notre cœur pour nos démons qui a l’infini
crépite
là où les désirs claquent, où les
genoux se traînent
carrosses de misère bariolés dans les
dépotoirs tagués
la petite folie ordinaire, les camelotes en tout genre
à contre-sens, vermine, les déviances en alerte
à la casse où les sexes se transmettent leur perte
révélés virus, les atomes d’amour
livrés à eux-mêmes
voici donc les rats, la honte en offrande
les nuits dans lesquelles j’habite, foutu
comme le reste, la gangrène faite viande
voici donc la gerbe de la nation, la puante
libation, ce que le christ ne touche
les sarclures d’espoir avinées
les lies parmi lesquelles je couche
théâtres de l’indigence, spectacles de cruauté
variations baroques sur le thème
de la pornographie
du sacrifice de la vertu humiliée
là
où les dévots implorent le dieu Seringue
au plus bas possible dans des cachots rancis
enfers insalubres circuits d’insomnies
diaboliques
stratégies pour raviver la flamme
un électrochoc, un énième coup de fouet
la houle perverse d’une mer
d’obscénités
le rêve d’une magie funeste
d’un sortilège effectif
pour ranimer la glaise
pour retrouver ses larmes
adonné à la honte
esclave du désespoir génital
mutilé
dans son for intérieur
mutilées, ses parties intimes
donnant-donnant sans retour
l’extase de la soumission
contre le frisson de la domination
la glace contre le feu
le christ contre le dieu
attirails phalliques quasi méta
physiques
cuir latex gants et cuissardes
artéfacts comme vivants
avec leur existence propre
clous sarcophages et cordages
tortures ancestrales, violences
cérébrales
actes et symboles pour la jouissance du mal
pour partager le corps du démon
scatologie scatophilie petits
regards en coin
bouffant le pus de la matière
la révérant sans fin
puis la niant enfin
fantasmes malsains d’ablations cliniques
d’avilissements médicaux
de chirurgies sadiques
être crucifié malmené brûlé
vif
la joie de vivre ensevelie
sous des gloussements d’ivrogne
des rires éthyliques – extase excrémentielle
à contre-honneur, à contre-ciel
grimaces faites à la vie
mimiques vulgaires devant le miroir
libertin sans façon, travesti narcissique
fardé(e) peinturluré(e)
entre pipes taillées et levrettes claquées
en bordure de néant, sa propre identité
dénaturée retournée, à la bête
accouplée
le culte de l’artifice
l’art du grotesque comme celui
du coït indompté, du suicide impoli
au jour où tout est fade, puisque
la raison nous méprise
creuser des arcanes à même la chair
inventer de nouveaux cauchemars
se créer de nouvelles dépendances
ramper jusqu’à perdre pied
pour retrouver le goût de l’horreur
quelque chose comme si
la réalité importait
certains se font vampires
à l’ère du sang empoisonné
certains se font victimes
au temps béni/maudit
de la démocratie céleste, du royaume de
l’inanité
un jour ou bien un autre
un temps comme tous les autres
des éclaboussures de ciel
incohérentes
des jaillissements de mort
bon gré mal gré
la nature vit sur la pourriture
l’être survit à crédit
le verbe infinitif reste ainsi défectif
s’inventant des figures, des pronoms possessifs
sa conjugaison trouée se poursuit pour rien
partout le masque craquelle
partout le meurtre colmate
la fleur de lys est fille de prédation
la mort est le sang de la vie, elle abreuve
ses sillons, elle ensemence et rassérène
le lever des soleils en veine
la glotte, apeurée, polit des blocs de pierre
elle se crée des rituels, institue des sanctuaires
elle fait construire et trace sans fin
des frontières, des différences artificielles
entre l’être et le non-être, détours en
vain
entre l’absence et la présence, objets enfin
parcelles de fumée découpées dans la brume
pour ancrer le souvenir dans la terre
la terre sans mémoire sans jugement
ni premier ni dernier, ni moral ni partial
poursuite de la vie par la mort
perpétuation de la mort par la vie
suite logique, fuite naturelle
malgré ses ponts ses autoroutes
leurs sens pour contredire l’absurde
le béton pour endiguer l’échec
la civilisation commence au cimetière
elle ne peut même pas y finir
dès que le lièvre est lancé
dès le coup de sifflet
dès l’aube arrimés à leur perte
ils font la queue pour tapiner
jusqu’à leur peau ils vont baisser
ils se font foutre en enfer, en rangs par classes
pour un coin de paradis, pour une simple place
sur le trottoir, l’asphalte configuré
ridules cachées et cynisme affecté
les petits chiens en laisse ont la patte levée
ils pissent leur âme et se laissent aller
à des rictus baveux, à d’enjoués
quolibets
ils se fondent coude à coude épinglés
dans la masse des labels, des délires ajoutés
ils se dissolvent pour s’intégrer
avides affairés affamés
à tous les râteliers mais dans la même gamelle
les chiens de société, les bêtes de trait
viennent bâfrer leur pitance sacrée
des illusions bon marché, de l’engrais
pour continuer
ils accourent ils se trompent ils se poussent
pour consommer leurs rêves, engloutir
les idéaux – un quart d’heure de gloire
ou bien l’éternité
les étoiles s’échangent contre du papier
contrats encycliques et lisses billets
dans la main droite la liberté
dans la main gauche l’égalité
les deux jointes sur l’autel, à genoux sur le
pavé
reste à spéculer et à se laisser prendre
au piège : seigneur tout puissant
je te donne mon corps mon sexe mon enfant
le rêve a un prix, il faut se prosterner
les dés sont jetés, on peut toujours parier
on a beau négocier et puis se protéger
on sait très bien au fond ce qu’on doit avaler
elles sont là, les pièces de monnaie
bouts d’économie et de messie soldé
sur le trottoir vit le saint-esprit
multinationale qui tourne à l’agonie
il y a des adeptes : il y a les gens normaux
ceux qui se réduisent à des plans cadastraux
ils ont leurs plans de carrière
des démons plein les bagages
ils ont droit de cité, ils ont le droit
de suivre à la lettre et de se plier
ils ont voix au chapitre, des combustions bridées
un bulletin dans une urne
des livres édités – le verbe le verbe le
verbe
reproduit répété
ils possèdent ce qu’on leur donne, ils
rusent pour s’approprier
ils ont la morgue et l’université
ils procréent éduquent et font continuer
hyènes en toge, au bordel à la messe
fonctions utilitaires, chacun à sa manière
à chacun son métier, sa fiche
d’identité, une case cochée
de la matière d’archive, traces censées
dans un cahier des charges
répertoriées sur des paquets de pages
arrachées
pour autant de vies sans raison amassées
ainsi le temps suit-il son cours
bas de laine effilochés et comptes en banque
débités, réserves hémophiles
mémoire à pure perte, vive à crédit
toujours limité, morts en chemin
bagnards déférés, données
déstockées
pour acheter demain, vendus au passé
il y a les fidèles : ceux qui courent après
ceux-là vont tous vers
ceux-là roulent vers
ceux-là tuent tous vers
ceux-là tombent vers
mais ici-bas je ne suis pas sûr de faire
la différence entre la vie et la mort
entre l’amour et le meurtre
entre le plein et le vide
fracas éclats fêlure
un pic à glace dans mon œil gauche
dans le miroir mon regard inquisiteur
en arrière-plan en fond
la laideur de mes traits
toisé jaugé je regarde
mes yeux me regarder
mon regard se cherche du regard
je ne m’y retrouve pas
LE
SANG POUR LE SANG (LA PHILOSOPHIE DU MEURTRE)
une philosophie complète de la genèse du chaos
comme on tendrait un miroir à la mort
une mise en œuvre du viol de l’âme
pour la sentir enfin en baiser les secrets
pour l’étreindre
communier avec sa flamme voilée
planifications quinquennales en vue
d’un génocide prochain
de l’élaboration flamboyante
d’une extermination de masse décorée
par des bancs de cervelets sur des piques
empalés exhibés
pour le plaisir des regards pervers
pour la froide jouissance
du baroquisme de la catastrophe
de l’architecture des massacres
une farandole de flammes et d’explosions
un ballet de corps criblés de misères
au milieu d’une mer de boue et de sang
la voie du soleil, la voie du ciel
pavée d’abominations esthétiques
de cadavres en putréfaction
femmes aux seins troués, enfants
ignoblement mutilés, squelettes
et crânes vides de toute substance
tibias et côtes amoncelés
négligemment, mais dans les règles de l’art
histoire
de faire bouillir nos noms
avides encore, avides toujours, cupides
ou juste follement affamés
spectateurs de notre propre autodafé
acteurs de notre très saint lynchage
philosophes beaux parleurs, artistes et menteurs
légions et myriades, populaces crasseuses
le fiel est notre sang
la mort est notre chair, nous
lui appartenons, quoi que l’on fasse
quoi que l’on dise
dans nos poèmes dans nos plus tendres
caresses, dans chaque gifle donnée, dans
chaque gifle reçue, dans l’amour pur
dans l’amour putride
dans la strangulation nous nous rendons
à nous-mêmes nous invoquons
notre esprit
notre nature
notre langue maternelle
le cri primal que chaque mot de sable étouffe
la monstruosité dont nous sommes faits
qui dévale nos veines comme la faim
ronge nos ventres comme l’aigreur
court toutes ces villes décalcifiées
alors tuer mourir meurtrir violer
alors brûler pourrir frapper saigner
libérer le démon en excisant la vie
appétit contre appétit, néant contre
néant
les yeux dans les yeux, les mains enlaçant
violemment le cou, accrochées fermement
au poignard à la faux, haïr fervemment
pousser le suicide jusqu’au meurtre
pousser le meurtre jusqu’au suicide
embrassés réfléchis dans la fièvre
inouïe
un par un, millions par millions
ici, dans le râle dans les pleurs
ici où tout discours est nul
où tout verbiage s’étrangle
plus qu’un pays plus qu’un royaume
le meurtre est une clé, moissonneur et long psaume
l’acte de vie par excellence l’incendie fougueux
véloce
la vague d’ignition
qui se propage dans ce désert
alors tuer hurler violer
seul à seul ou à l’échelle
planétaire
alors courir mourir pourrir
nous serons Dieu le Père, nous serons son contraire
nous serons le suicide de Dieu
œil pou œil, perspectives croisées
par terre, sur un champ de bataille pavé
de bonnes intentions, de mauvaises
tandis que tu te rues vers l’horizon, tandis que
tous courent dans toutes les directions
la distance mais les heurts, l’hallali fatidique
la belligérance boueuse qui nous tient toi