SEULEMENT RIEN
(EXTRAITS)
Pour me faire part
de vos commentaires et critiques : amine.boucekkine@dustofmydust.com
Cendres éparses crissent à ma naissance
Silence hurlant, figé
Dans le roc grimaçant de mon être
érodé
Erroné
Dépression du temps où tout s’effondre
Sans bouger, avec pour tout reflet
Le vaste vide de mon nom
Un visage buriné dans l’asphalte
Viens en ma tombe, ténèbre
Nous sommes pareils
Balbutiements obscurs, petites taches noires
Dans le rouge-oranger qui fixait le décor,
Si c’étaient des hommes ou si c’étaient
des châteaux,
Ce genre de nuance semblait superflu :
C’était peut-être une procession
Ou quelques hiéroglyphes insignifiants,
Des formes toutes différentes mais pareilles,
Indiscernables dans l’empire du soleil.
C’était l’astre, dont
l’indifférence brillait,
Qui s’imposait dans toute sa singularité.
J’imaginais des corps engourdis s’affaisser ;
Je pensais à des paupières qui se ferment.
Quelque chose de profond de mystérieux
De lointain, au seuil de l’évanouissement.
La plage est morne comme une respiration,
Fuyante et poussiéreuse,
À l’agonie, dans son coma agité.
Les vagues s’emportent nullement, cauchemars
d’elles-mêmes,
Râlant d’une voix toujours désuète,
ancestrale,
Mais qui n’a jamais eu rien à dire.
Le ciel est si bas et pourtant si énorme,
D’une luxuriance infinie mais qui n’engage à
rien.
C’est comme une immensité dissoute et
décomposée,
Détails et subtilités sans rime ni
signifiance ;
Juste une complexité sans objet
Que le vent désolé s’exténue à
faire
Circuler.
J’assiste, étranger, à la rêverie du
néant
Et les fibres de mes yeux se perdent confondues
Dans le marbre insondable de cette nébuleuse.
La vie est lasse d’elle-même,
Essentiellement sans raison.
C’est elle ;
C’est tout.
Les yeux
écarquillés
Abasourdi et révélé
Les muscles tendus comme la potence
L’aurore est si belle
Dans la nuit
Elle balafre Dieu
Et s’en va s’évanouir
Vers la dissolution s’éclipser
Évanescence inutile
Dans l’inexistence
Les yeux écarquillés
Abasourdi et révélé
Les atomes bouillonnants
Sous la peau
Douce et blafarde
Des rires et des larmes
Comme des gouttes arc-en-ciel
Chavirement désinvolte, turbulence plate
Évanescence inutile
Dans l’inexistence
Les yeux écarquillés
Abasourdi et révélé
Il n’y a rien derrière
Rien dedans
Envolée suprême vers l’infini, ascension
Vers le zéro, dégradation continuelle
Jusqu’à l’élimination
Paradoxe ambulant
Évanescence inutile
Dans l’inexistence
Les cris les hurlements les baisers les discours
Ils viennent et ils s’en vont oh ils viennent
Ils s’en vont
Si je souris, ce n’est pour rien
Rien comme lorsque je souffre
Et les enfants avortés
Les chiens brûlés, le long des avenues
Les plages désertes et desséchées
Les mers criblées d’épaves
Un hennissement plaintif sous un ciel désolé
Et les bâtisses éventrées
Le vent malsain dans une chambre abandonnée
Le cœur serré, poignardé
Par le vide et par l’absence
Et les émois éteints, les empreintes
effacées
La rumeur tue, tout le monde mort
Et la croix oubliée
Qui suis-je pour m’y plaindre ?
Qui suis-je pour m’y plaindre ?
Lumières qui dansent monde pâle et flou
Si je sais je ne sais pas en tout cas
Si je savais je ne sais plus
Le gardien qui m’engueule moi tout penaud
Je crois que je suis mort, je crois que j’ai tué
- A posteriori je sais
(J’ai ou j’avais) Du
mal à rester debout
La peur au ventre, le cœur qui bat
– Est-ce que
j’ai pleuré ? –
Un gémissement long et dolent, l’univers qui
m’écrase
Je glisse le long du mur, les sens en bataille
Comme si la vie m’avait battu
Le lendemain je me réveille
Par terre là rampant c’est bien moi ;
c’est que
Virtuellement et vraiment, mon visage est
Douleur. Je me flagelle sans merci, je me
Tords – Des heures durant je ne bouge pas.
Alors mon corps est toujours debout : la souffrance
N’a pas de visage, n’a pas de stigmate.
Alors je me tombe, je me re
Présente – je m’effondre et je rampe en
hurlant.
Je vis en enfer et l’enfer n’existe pas.
Cela sonne creux ?
Je le sais. C’est bien là le problème.
(Peut-être que demain je pourrai la voir)
Je m’observe respirer, je me regarde
Me regarder ; je m’ausculte sans relâche :
Je voudrais être sûr... Avant tout je dois
Savoir la vérité : si
Je suis un imposteur ou si je vis bien
Avec la mort. J’ai tant besoin de ma mort,
J’ai besoin de la voir... Je voudrais être sûr.
Mais si la vérité me nie
Mais si la vérité me
nie, dois-je
Dois-je me suicider
Me
suicider pour
Pour autant ?
Autant ?
(Tenir les comptes, les rendre, les équilibrer)
Ma main gauche supporte mon crâne tandis que
Ma main droite, comme oubliée, n’ose même pas
bouger.
Je reste sourd au silence dont je m’entoure
Mais que je m’étrangle à dénigrer.
Rien ne fait écho à rien : rien ne
s’entend.
Alors je m’écoute parler : j’accompagne
le temps.
Je macère dans ma bave et je me contredis.
Je fais rimer le vide et je m’autodétruis.
(Il
faut que je recommence tout)
Au seuil, interdit, effleurer la caresse
Pendant longtemps j’ai cherché, je cherche
Les mains tremblantes, le long de la croix
Une image, un rêve, une raison pour la joie.
Peut-être une idée, peut-être un dieu.
Peut-être le jour, peut-être la nuit.
J’ai adoré ma croix, je m’en suis
détourné.
Je lui crache dessus ; m’y voici retourné.
En implorant, en jubilant, en me mortifiant.
Le tour du sort, et le déni encore.
Le plus dur n’est pas d’y croire mais d’y
consentir
– Ce serait trop facile…
Il faut creuser plus profond dans la plaie.
Il faut briser mon crâne et mon corps évider.
(Il ne se passe rien)
Ils parlent de moi au passé et le futur ne
m’écoute pas.
Il y a des vies comme ça : des capitons de graisse
Qui forment des amas. Ça bouge, ça parle et
ça pleure.
Ça suinte bêtement en ressassant ses peurs.
Tout ou rien – pourtant ni tout ni rien.
Traînant mes pantoufles, remettant à plus tard,
Je me love dans mon indécision.
Je regarde la télé, branlant,
Je vais à mon ordinateur.
J’imagine des projets, je les abandonne.
(Tentation de réécrire ma vie, de parler
d’héroïne)
Décrépitude ordinaire : je n’arrive pas
Au bout du poème. Et ma philosophie,
Mon éthique de vie,
Sont-elles seulement venues,
Ont-elles déjà pourri ?
Dès le départ, je ne reviens à rien.
(Il faut que je recommence tout)
Des histoires d’anges et de démons, des conneries
D’écrivain maudit – à la poubelle.
Je ne vois pas la nécessité
D’écrire de toutes les façons.
Je regarde la télé, je sais que plus tard
Je me laisserai aller et que ce sera bien.
Je n’ai rien d’intéressant à dire
Sur le néant, de toutes les façons.
Je ne me lave pas et les jours croupissent,
Bon gré mal gré ; je m’y affaisse
Jusqu’à ce que mon corps s’engourdisse,
Jusqu’à ce que ma paresse miaule,
Jusqu’à ce que le sommeil daigne
m’éteindre.
(Peut-être que demain…)
Il n’y a pas d’être à être
Hétérogène – par terre là
rampant c’est bien moi.
(Je veux être sobre
Je veux dire que ce
néant, c’est
pour de vrai)
Aucune seringue ne brille, aucun clou
Ne mortifie ma chair :
Je suis assis là, à regarder le mur.
Je ne suis pas heureux, je n’ai aucun problème.
Le temps me traverse et demain s’ensuivra.
Je ne suis que du temps...
Du temps qui passe et rien
De plus.
(Je veux être sobre, je veux
dire
Que ce néant,
c’est
pour de vrai)
C’est entièrement froid.
Toute métaphore est obsolète.
Le rythme est futile.
Le verbe est insignifiant.
La poésie n’a pas lieu d’être.
Comme on éventre les souvenirs
Pour mettre au monde un présent
Comme on vendrait son cœur
Pour rassasier sa peine
Comme on écrit cette histoire
Que l’on ne saurait pas vivre
J’arpente comme elles, mon âme à la main
C’est ma monnaie d’échange, mon ticket pour
demain
À défaut d’amour, à défaut
d’aujourd’hui
Mon âme à la main – ma main vide maintenant
Mais demain déjà, c’est aussi
aujourd’hui
Aujourd’hui toujours, je m’effondre sans fin
Pourtant quelque chose – quelque part au milieu
Du vent je crie (à la fin du jour je n’en peux plus)
Où est mon âme ? Où est mon
âme ? Où est mon âme ?
Juste un dernier instant, débarrassé du temps
Tous les débris d’une vie relégués
dans un coin
Plus un bruit... une seconde aiguë de lucidité
Mon petit corps brisé
Ma petite bouche entrouverte
Mes petits yeux éteints
Plus un cri, plus une danse
Le visage figé, ténèbres tout autour de moi
Le négatif de ma vie
Le négatif de ma vie
Aucun soupir aucune angoisse aucune douleur
Ni bien ni mal – juste moi qui ne suis rien
Une
saison morne, voûtée
Avec
ses nuances de gris, de brun,
De
deuil de regret de péché.
Des
traces : papiers chiffonnés, tiges
Oubliées,
gravats amoncelés...
Personne
ne ressent le manque.
Je
ne suis même pas ici :
C’est
une abstraction –
Folie/rêve,
image coulée
Dans
une eau de vent.
Une
lumière, mais pas au bout
-
Un accident du noir -
Et
tout redevient opaque
Pour
que même la nuit meure,
Pour
que le mot « silence » ne parle plus.
La
dernière machine du monde s’arrête.
Le
dernier vrombissement se tait.
Aucun appel, aucune réponse au mien ;
Ni bien ni mal – je dois n’être rien
Pour vous et pour lui je suis
Resté sur la croix j’ai survécu par
Ce que sans air j’ai appris à
Vivre sans amour sans espoir d’
Aller au ciel ou même quelque part
Malgré ma petitesse que je
Ne saurais nier si je suis
Plus profond que
L’enfer c’est que
Je suis un
Trou
Produit de ma bêtise je
Vends mon âme à ma
Vie dans le bordel de l’
Ego rien ne change je suis
Une âme en peine aujourd’hui
Comme hier je me refuse
À demain
Peu importe la mort, peu importe le vide
Toujours sans naissance ou à jamais détruit
Dans l’absence ou dans l’oubli ou dans le
néant
Le rêve subsiste quoi qu’en dise la vie
Et
un jour je serai une étoile,
Et
ce jour-là cette larme brillera.
Je
serai mort depuis longtemps,
Mais
au firmament, rayonnant sur l’univers,
Mon
sanglot sera la vraie lumière.
Tout
le monde pourra voir cette larme
Que
toute ma vie j’aurai tenue secrète.
Dans
ma mort, tout le monde pourra voir
Au
milieu du ciel, presque comme un sourire,
L’abolition
du soleil
La mort de la vie.