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VÉRITÉ ABSOLUE ET « ABSOLU RELATIF »

 

 

Comprendre et déterminer le statut des vérités des différentes perspectives particulières entre elles et par rapport à la vérité absolue, c’est définir la logique qui sous-tend l’articulation a priori paradoxale de leur compréhension et de leur incompréhension, dans le même temps, les unes par rapport aux autres, et chacune par rapport à la vérité dite absolue. Il s’agit donc de déterminer la logique essentielle selon et suivant laquelle la vérité absolue éclaire et sous-tend les vérités particulières, en même temps que celles-ci lui échappent parce qu’elles lui sont hétérogènes – c’est-à-dire qu’il s’agit de déterminer la logique selon et suivant laquelle la vérité absolue comprend les vérités relatives dans le même temps qu’elle ne les comprend pas, et comment elle les coordonne entre elles alors même qu’elle respecte nécessairement et fondamentalement leur hétérogénéité radicale.

 

Il en va ainsi pour la vérité de la perspective humaine par rapport à laquelle la (et les) valeur(s) humaine(s) prennent et font sens.

 

C’est là ce que la philosophie de l’hétérogénéité permet d’entendre et d’élucider. Il s’agit d’une pensée qui permet d’appréhender et d’expliciter la logique, ainsi que les modalités d’effectivité, de cette articulation paradoxale que nous avons mentionnée plus haut.

 

Ainsi pouvons-nous logiquement déterminer le statut de la vérité de la (des) valeur(s) humaine(s) dans l’absolu, dans sa (leur) nullité ainsi que dans son (leur) hétérogénéité à cette nullité, dans sa (leur) relativité à une vérité absolue, essentielle et globale, ainsi que dans sa (leur) différence radicale, son (leur) identité, incoercibles – son (leur) hétérogénéité absolue – par rapport à cette vérité.

Ainsi pouvons-nous déterminer logiquement un tel statut, dans son néant et dans son sens plein, simultanément.

 

C’est le sens du concept d’absolu relatif : il existe absolument une (des) valeur(s) humaine(s), mais seulement dans l’absolu, de manière absolument relative, parce que l’existence dans l’occurrence d’une (des) valeur(s) humaine(s) est absolument fonction de l’effectivité dans le néant - et donc, initialement, dans son (leur) absence – d’une configuration conditionnelle nécessaire et suffisante qui relativise absolument ce néant en son propre sein.

 

 

 

DE L’INSTANT PRÉSENT

 

 

L’improvisation pure sans laisser de trace : une forme de pratique artistique à la fois satisfaisante et frustrante qui rend l’instant présent à lui-même en le prévenant de se projeter dans ce qu’il n’est essentiellement pas, et donc a fortiori dans le contraire de ce qu’il est – à savoir l’éternité, l’assise éternellement reconduite de l’être dans l’occurrence.

C’est là une manière d’habiter le temps, de le vivre et de se vivre soi-même dans son cadre, et de s’exprimer dans le moment et dans le lieu même où l’on existe, qui peut être frustrante dans la mesure où elle renvoie directement à la réalité de la position de l’être dans le cours du temps, et donc à la mortalité – à la sienne propre, à celle de ce que l’on fait ou crée, ainsi qu’à celle de toute chose et de toute action en règle générale – mais qui peut aussi s’avérer porteuse de plénitude en ce qu’elle procure la sensation intime de s’exprimer à sa hauteur juste, et d’être exactement à la place où l’on est et où l’on devrait être – soit la sensation d’être, pour le meilleur et pour le pire, en osmose avec la vérité de ce que l’on est, avec tout ce que cela implique de précarité, et d’absolue unicité aussi.

 

Finalement, le paradoxe de l’improvisation, porteuse à la fois de plénitude et de défection, n’est que le reflet de celui du statut de l’instant présent dans le cours du temps, et de celui de l’espace de l’effectivité de l’humanité.

L’instant présent, si on le considère et si on l’appréhende pour lui-même de la manière la plus immédiate et la plus crue, est l’antonyme parfait de l’éternité, en ce qu’il est précisément, par définition, l’objet de la mort et du basculement dans l’oubli à mesure que le cours du temps l’épuise et le transcende ; mais, dans le même temps qu’il est le contraire de l’horizon, dont la topologie est l’équivalente de la chronologie de l’éternité, il renvoie à sa manière à une forme paradoxale d’éternité. Une forme autre qui serait celle d’une éternité autre : celle que l’on peut ressentir, par analogie, dans le caractère absolu et indivisible de l’unicité de l’effectivité et de ses différentes déterminations occurrentes, qui sont en elles-mêmes, dans l’absolu, et concrètement une fois qu’elles ont été amenées à être, hétérogènes à la temporalité, même si les lois de celle-ci constituent leur condition première. Il s’agirait d’une forme d’éternité, c’est-à-dire d’incorruptibilité et d’inaltérabilité du fait du pouvoir du temps, qui relèverait de l’atemporalité – soit de l’hétérogénéité à la temporalité - plutôt que de l’intemporalité – soit de l’indifférence aux effets du temps au cœur même de la temporalité, pendant que son cours s’effectue, et tout au long de ce cours.

Le paradoxe de l’improvisation - à la fois pleine et vide, purement effective et déjà disparue, complètement vouée à la mort et éternelle à sa manière, parce qu’hétérogène à la temporalité - renvoie donc à celui de l’instant présent, justement parce que l’improvisation est une forme d’habitation du moment en adéquation complète avec l’essence de celui-ci et de la manière dont il chute, dont il coule, dont il s’échappe, dont il disparaît, dans le temps.

Cette éternité paradoxale qui est le lieu de cette disparition, c’est aussi ce qui constitue l’espace de l’effectivité de l’humanité : la distance infranchissable qui sépare la perspective d’être de l’être, l’hétérogénéité de l’être avec lui-même, la précarité absolue en même temps que l’hétérogénéité à cette précarité parce que le conditionnement absolu par le temps et par les règles de son cours en même temps que l’hétérogénéité à la temporalité. L’espace de l’effectivité de l’humanité, c’est celui de l’enclave paradoxale de cette atemporalité – de cette hétérogénéité à la temporalité, analogue, en un certain sens, à l’éternité – au sein de la temporalité, du fait de son cours, et suivant les lois de celui-ci. C’est l’espace « absolu relatif », au sein de l’existence, de cette existence autre que l’existence, mais qui n’est effective, c’est-à-dire qui n’est existence, qu’en tant qu’elle est existence, autre qu’elle–même. C’est l’espace paradoxal de cette hétérogénéité à la temporalité qui n’existe qu’en fonction, et que dans le cadre strict, de la temporalité. C’est l’espace, à la fois absolument intègre et absolument précaire, de l’avènement de l’hétérogénéité strictement dans le cadre et selon les lois de ce à quoi elle est hétérogène, ce à quoi elle s’avère absolument identique en même temps qu’elle est absolument autre que lui, et cela, de manière définitive, irrécupérable, et in-synthétisable.

 

 

 


 

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